Lac de Vassivière: un voyage entre deux eaux
- Sylvie Colariccio

- 15 juil.
- 2 min de lecture
Quand les paysages éveillent ce qui sommeille en nous

Je reviens de Vassivière.
Du lac de Vassivière, plateau de Millevaches, Creuse.
J’ai ouvert mes valises,
trié le courrier,
arrosé les plantes…
mais je ne suis pas vraiment là.

Je vois encore les grands arbres verts,
les hêtres et les sapins
déployant leur fraîcheur
et vous enveloppant
dans leur écrin de verdure.
Je retrouve l’odeur de la mousse,
les oiseaux qui se répondent
en de légères mélopées,
le craquement des brindilles
et des petites pommes de pin
sous les pas.


La forêt, omniprésente,
laisse entrevoir, au détour d’un chemin
ou au sommet d’une petite butte,
le lac.
Le roi des lieux.

C’est lui qui hypnotise,
qui enivre,
qui émerveille.
Ses eaux, ses méandres, sa lumière…
tout appelle à sa contemplation.

Et tout laisse une trace.
Une trace silencieuse,
profonde,
qui continue de cheminer en moi
bien après mon retour.
Car je vais vous faire une confidence :
à chacune de mes visites au lac,
je n’en reviens jamais tout à fait la même.
Chaque fois,
le même phénomène s’opère,
sans que j’en sois véritablement
à l’origine.
La vue immense du lac,
son calme et sa quiétude
me poussent à suspendre un instant
ma vie,
à la déposer sur le bord du chemin.

Le vide se fait,
doucement.
Et comme les eaux du lac
qui parfois se retirent
et laissent apparaître
des rivages cachés,

ressurgit en moi
cette personne vraie,
que la vie,
les obligations et les émotions
finissent parfois par recouvrir.
Je me redécouvre :
un être parmi d’autres,
et pourtant unique.
Une force originelle, instinctive,
pareille aux courants secrets du lac,
recommence à circuler en moi.
Les peurs se taisent.
Les choix paraissent moins lourds.
Je ne possède peut-être pas toutes les réponses,
mais je retrouve en moi
le silence nécessaire
pour les entendre.
Je sais que je peux poursuivre
mon chemin avec confiance,
dès lors que je prends le temps
d’écouter qui je suis.

Puis un souffle léger vient me réveiller
et me tirer de ce songe
où j’étais si bien.

La vue du lac me rappelle
qu’il faut se lever,
reprendre son sac
et poursuivre le chemin.
La vie reprend vite ses droits,
comme la nature tout autour de moi.
Un autre promeneur approche.
Nos chemins se croisent,
puis nos regards et nos sourires.

Quelques secondes seulement,
et pourtant la sensation
d’appartenir au même monde.

Cheminer autour du lac de Vassivière
ressemble à l’accomplissement
d’un rite initiatique,
profondément humain.
Un voyage silencieux
qui ne conduit pas ailleurs,
mais au plus profond de soi.




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